27 septembre 2012

La folie naît dans la cage

      Toute notre promesse génétique est d'y évoluer [dans la nature], et de ne pas en être coupés totalement. C'est notre maison et nos corps savant la reconnaître. Cette réalité d'Homo sapiens a été pressentie par les littéraires et les poètes, et le plus ardemment défendue par les immersionnistes et anarcho-primitivistes et autres idéologues du niveau de Thoreau, Edward Abbey, Terry Tempest Williams. Sans contact physique avec cette nature sauvage, privés de ses sons, de ses odeurs, nous ne pouvons pas être nous-mêmes. Nous devenons, comme l'explique l'écrivain et journaliste écologiste Richard Manning, psychotiques. Aliénés. Incomplets. Semblables à ces animaux encagés dans les zoos et les élevages industriels, devenant fous parce que privés de tout ce qui leur est vital. […] C'est tout simplement , le plus simplement et le plus naturellement du monde, une affaire sensorielle. […] Quand vous êtes dans la nature sauvage, toute votre humanité se réveille en vous. Devenir humain, c'est faire corps avec la matrice originelle du monde.

[...]

     Pour paraphraser John Trudell, j'ajouterais que la disparition de la sagesse des anciens, du respect, c'est la même chose que la destruction de la biosphère et c'est la même machine qui a phagocyté la notion même d'esprit. Elle ne fait pas que forer le pétrole, les minerais pour s'alimenter en energie, elle puise aussi en nous. Nous ne pouvons plus nous reconnaître comme êtres vivants, puisque cette perception ainsi que son contenu ont été en grande partie effacés.

 

 

David Rosane, in « À l'écoute du monde sauvage » de Karine Lou Matignon, p. 96-97, 2012, éd. Albin Michel/coll. Clés

 

 

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